Human First

Human First est un espace d’idées, de réflexion et de dialogue. Dans un monde en pleine mutation – bouleversé par les crises climatiques, les révolutions technologiques et les tensions sociales – nous faisons le choix de revenir à l’essentiel : l’être humain.

Engagée depuis 1997 pour une politique de progrès, fondée sur l’écologie, la justice sociale et le rassemblement républicain.

Manager internationale expérimentée spécialisée en alliances stratégiques et projets globaux internationaux. Experte en innovation, transition numérique et écologie appliquée (Cloud, IA, Smart Cities, décarbonation).

  • 1er Décembre 1944: mémoire effacée au Sénégal

    Passé aux oubliettes de l’Histoire française, ce massacre de tirailleurs sénégalais qui réclamaient leur solde dans le camp de Thiaroye en 1944 a été totalement occulté par la France. Perpétré à une période trouble de la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, il garde encore beaucoup de mystères. La France, via François Hollande, a quand même reconnu cet évènement en 2014 mais les héritiers peinent encore maintenant à réclamer justice.

    1er décembre 1944, des tirailleurs sénégalais, rentrés du front européen de la deuxième guerre mondiale, attendent leur solde de captivité et leur démobilisation. Les choses trainent. Les Français ne leur donnent pas et les soldats africains sont exécutés à l’arme automatique par leurs propres officiers Français. Selon l’armée, il y aura 35 morts. Selon les témoignages africains et certains historiens, il y aurait entre 300 et 400 morts. Il y aura pendant des années une volonté d’effacement de ce massacre, tant sur les sépultures que sur l’ampleur du massacre et de nombreux documents seront falsifiés et les enquêtes seront abrégées.

    Ceux qui ne sont pas tués sont arrêtés et jugés car identifiés comme meneurs. Certains sont gradés, comme Antoine Abibou, fin lettré évadé d’un Fronstalag et engagé dans la Résistance en métropole. Ils seront jugés et écoperont de peines allant de 1 an à 10 ans ou à la dégradation militaire. L’amnistie en 46 et 47 n’efface pas l’injustice car leur supposé rébellion n’est pas effacée. La France a bien sûr une autre version, celle de la mutinerie ou de la rébellion.

    Les archives que François Hollande avait ramenées en 1914 ont été bloquées par le Sénégal jusqu’en 2024, date à laquelle Emmanuel Macron a reconnu que c’était un massacre. Ce blocage reste inexpliqué posant ainsi beaucoup de questions. Malgré ces pas en avant de la France, la reconnaissance n’est pas encore là et les Sénégalais ne se sont pas réappropriés leur mémoire.

    A suivre donc.

  • Le Pape au Liban: un accueil d’espoir

    Sous une pluie battante, les Libanais ont attendu le Pape sur son chemin vers Beyrouth. La situation actuelle du Liban — instabilité politique, crise économique, tensions régionales, exode — rend sa visite particulièrement pertinente : le Pape veut offrir un geste de solidarité, d’espoir et rappeler l’importance de la paix, de la cohésion sociale et de la dignité humaine. Ils veut aussi rendre hommage à un peuple qui a été courageux face à la souffrance lors de leur longue histoire. C’est le premier voyage apostolique à l’étranger du pape Léon XIV, ce qui donne un signal fort à sa politique et à ses priorités.

    L’histoire des Chrétiens du Liban est ancienne, complexe et profondément liée à la formation même du pays. C’est au Ier siècle que Saint Pierre fonde la communauté d’Antioch, qui va se développer surtout dans les régions côtières (Tyr, Sidon, Byblos) et montagneuses. C’est au IVe s que Saint Maron va créer la branche des Maronites en lutte théologique avec l’Empire Byzantin. Ils vont au VIIe s s’allier à Rome et devenir l’Eglise Orientale Catholique.

    Le Traité de Londres de 1840, organisé parles Anglais notamment pour mettre fin au conflit turco égyptien a créé un Moustassarifat du Mont Liban, incluant Maronites mais aussi Druzes. Le reste du pays devait être sous administration ottomane. Les Chrétiens Maronites ont été pendant des années en conflit avec les Druzes. Les Français, qui avaient été écartés de la négociation en 1840 sont revenus en 1920, lors du démantèlement de l’Empire Ottoman et créent le Liban en 1920 en réintégrant de nouvelles terres au Moustassarifat.

    Depuis l’indépendance, le Liban a un système confessionnel : les principales fonctions de l’État sont réservées aux grandes communautés religieuses avec un ordre établi lors du « Pacte National » de 1949. Le Président est un Chrétien maronite, le Premier ministre est un Musulman Sunnite et le Président du Parlement est un Musulman chiite.

    La Guerre Civile de 1975 à 1990 et l’accord de Taef qui a été signé en 1989 a réduit le rôle des Chrétiens maronites. Il n’y a d’ailleurs plus de Président depuis 2022 et la situation des Chrétiens, particulièrement dans l’environnement de guerre Israélo-palestinienne adjacente au Liban est très fragile. Les partis politiques chrétiens sont divisés et le Hezbollah, groupe para-militaire chiite libanais, autorisé par l’accord de Taef malgré la démilitarisation du pays est ravivé par les attaques israéeliennes.

    C’est dans ce contexte complexe d’affaiblissement de la population chrétienne au Liban que le Pape a décidé de venir pour apporter un message de paix, de réconciliation et d’espérance. Il veut encourager l’unité interreligieuse, l’œcuménisme et le vivre-ensemble. Le programme inclut des rencontres avec des jeunes, des soignants, des victimes, etc., pour témoigner d’une attention spirituelle et humaine à ceux qui souffrent.

    Espérons que son message soit entendu au Liban et dans la région. Il y a en tous cas beaucoup d’attente de la population libanaise envers sa présence.

    A suivre donc!

  • Larchevêque: roi du Bitcoin ou cowboy?

    Avec une vie à la Netflix, Eric Larchevêque, le roi français du Bitcoin, pourrait être le héros d’une série télévisée. A 52 ans, il a déjà un incroyable parcours d’entrepreneur dans les sites de rencontre, de joueur de poker professionnel et de roi du Bitcoin et du Blockchain. Expert en levée de fonds, libertarien à la Musk, militant pour le port d’arme pour les gérants de cryptomonnaie, il est à 52 ans un homme qui ne laisse pas indifférent.

    On parle beaucoup de lui depuis hier car il a lancé The Bitcoin Society, une société cotée en Bourse, basée à Paris sur Euronext, qui s’articule autour d’une Bitcoin Treasury Company (BTC), une Network Society et un club premium pour entrepreneurs qui ouvrira ses portes le 9 décembre. Il a racheté une coquille de la société Unibail et bypass ainsi la longue introduction en bourse (IPO).

    Eric Larchevêque n’en est pas a sa première entreprise dans le Bitcoin et les cryptomonnaies. Passionné par les technologies émergentes et blockchain (technologie de stockage et de transmission d’informations fonctionnant sans autorité centrale), il lance la Maison du Bitcoin ( qui deviendra Coinhouse) , premier comptoir d’achat et d’échange de cryptomonnaies en Europe.

    En parallèle, il fonde Ledger dont la mission est de sécuriser les actifs numériques (« crypto-actifs ») pour les particuliers et les entreprises. Elle développe des solutions permettant de stocker, échanger, acheter et gérer des cryptomonnaies en toute sécurité. Elle se positionne comme un acteur de confiance dans un contexte où la sécurité est cruciale dans l’écosystème blockchain et commercialise aussi différents produits pour stocker des cryptomonnaies de façon sécurisée ( ex: Ledger Nano X : un wallet matériel avec Bluetooth, idéal pour gérer ses cryptos depuis un téléphone ou un ordinateur ou le le Ledger Stax, un portefeuille connecté nouvelle génération au design signé Tony Fadell (le créateur de l’iPod)). En 2021, il lève 380 millions d’euros de fonds et rentre dans le monde des licornes, valorisant son entreprise à plus de 1.5Mds d’euros.

    Mais il sent que ce n’est pas suffisant et créée un fonds d’investissement Web3 à hauteur de 100M. Le Web 3 est celui qui va s’affranchir des acteurs centralisés comme Google, Facebook ou Amazon. C’est une alternative décentralisée, à partir de laquelle les utilisateurs peuvent détenir de la valeur sur le web, le bitcoin par exemple, basé sur une technologie blockchain qu’Eric Larchevêque connait bien.

    Aujourd’hui avec sa société The Bitcoin Society, il propose un modèle économique calqué sur celui de l’entreprise américaine MicroStrategy de Michael Saylor. L’entreprise lève des fonds (via des augmentations de capital ou de la dette), avec cet argent, elle achète massivement du Bitcoin pour sa trésorerie, si le Bitcoin monte, la valeur de l’entreprise monte, l’action monte et TBSO ( The Bitcoins Society) peut alors lever encore plus d’argent pour acheter encore plus de Bitcoins.

    Mais galvanisé par ses succès et l’approche libertarienne assez en vogue dans le monde de l’IT et de la cryptomonnaie, il cherche par sa Society et sa communauté à faire lobby auprès des politiques et à peser dans le game de la présidentielle française de 2027. Il dit que l’état est obèse et vit au-dessus de ses moyens. Comme Javier Milei, il veut sortir la tronçonneuse. Après l’enlèvement de son associé David Bailland, il demande à ce que les professionnels de compagnie de cryptomonnaies puissent détenir des armes, indiquant que le système judiciare et carcéral est un échec total.

    Donc roi du bitcoin, c’est sûr. Cowboy c’est sûr aussi, mais ne faut-il pas l’être un peu pour remuer les establishment et créer de nouveaux business modèles.

    A suivre donc.

  • Many rivers to cross. RIP Jimmy Cliff

    La légende du Reggae Jimmy Cliff est décédée aujourd’hui. « A last river to cross » pourrait-on dire.

    Créée en 1969,  Many rivers to cross figure en 1972 dans la bande originale du film The Harder They Come réalisé par Perry Henzell et dans lequel Jimmy Cliff tient le rôle principal.

    Cette chanson représente les défis de la vie, les rivières qu’il faut traverser pour avancer. Dans cette chanson, le chanteur est perdu et semble désemparé. Il semble seul, abandonné par quelqu’un qu’il aimait. Il doit prendre des décisions, choisir des voies mais n’en trouve pas.

    C’est une chanson sur la résilience et la façon que l’on a pour redresser la barre et trouver sa voie.

    Que Jimmy Cliff repose en paix dans ce dernier voyage.

    Many rivers to cross
    But I can’t seem to find my way over
    Wandering, I am lost
    As I travel along White Cliffs of Dover

    Many rivers to cross
    And it’s only my will that keeps me alive
    I’ve been licked, washed up for years
    And I merely survive because of my pride

    Oh, that loneliness won’t leave me alone
    It’s such a drag to be on your own
    My woman left and she didn’t say why
    Well I guess I’ll have to try

    Many rivers to cross
    But just where to begin? I’m playing for time
    There’ll be times I find myself
    Thinking of committing some dreadful crime

    Yes, I’ve got many rivers to cross
    But I can’t seem to find my way over
    Wandering, I am lost
    As I travel along the White Cliffs of Dover…

  • Ukraine : un plan de paix sous pression après quatre ans de guerre

    Quelle crève-cœur de voir un pays se voir infliger une telle proposition par Trump et Poutine alors qu’ils ont été envahis par les Russes. Personne ne payait cher de leur peau le 24 février 2022 à 5 h du matin quand Poutine lançait une opération spéciale. Près de 4 ans après, les forces en question sont sur le point de signer un plan de paix, car nul n’a intérêt a garder un tel terrain d’opérations aux frontières de l’Europe.

    Presque immédiatement en 2022, les forces russes ont attaqué depuis trois axes : Sud depuis la Crimée, annexée par la Russie en 2014; Nord depuis le Belarus, en direction de Kyiv et l’Est : depuis les régions de Donetsk et Louhansk, déjà partiellement occupées depuis 2014. La guerre que Poutine pensait éclair a montré une résistance incroyable des Ukrainiens.

    Aujourd’hui les Russes occupent la Crimée qu’ils considèrent comme russe. Dans l’ancienne URSS, cette unité administrative était russe jusqu’en 1954 puis a été donnée à l’Ukraine par Staline. Mais ce don n’a jamais été vraiment accepté car beaucoup de Russes y ont des maisons secondaires et la situation géographique est très stratégique. En 1991, la Crimée obtient le statut de république autonome de Crimée au sein de l’Ukraine indépendante et Sébastopol devient une ville à statut spécial. En 2014, la Sécession est votée même si les votes sont truqués et c’est une terre qui reviendra à la Russie.

    Parmi les terres partiellement occupées depuis 2022 , il y a l’oblast de Kherson (rive gauche du Dniepr ; la ville de Kherson a été reprise par l’Ukraine en nov. 2022), celle de Donetsk (≈ 60–70 % contrôlé par la Russie), de Louhansk (≈ 95 % contrôlé) et de Zaporijjia (partie sud, dont la ville de Melitopol et ou il y a la centrale nucléaire). Au total, 17% du territoire est occupé. Les deux premières régions seraient données à la Russie et le sort de Louhansk et Zaporidja n’est pas encore fixé du moins dans son modus operandi (exemple : partage de l’électricité de la centrale nucléaire?).

    Tous les points sont en discussion, mais auront-ils le temps de négocier? D’abord le cessez-le-feu n’est pas acquis. Le nombre de soldats à rester en Ukraine non plus: 600 000 comme proposé par les Américains ou 800 000 comme proposé par les Ukrainiens. Les forces alliées pourront-elles stationner en Ukraine? Ou en Pologne? Et quelles sont les garanties de sécurité , ie quelles sont les réponses militaires coordonnées en cas de nouvelle agression russe?

    Enfin quel est l’avenir des deux pays? Coté Ukraine, possible intégration à l’Europe ( si l’Ukraine se débarrasse de sa corruption rampante), mais pas à l‘OTAN. Reconstruction économique via un vaste programme international dont on espère que l’Europe sera partie prenante. Coté Russie, réintégration de celle ci dans le concert mondial (G8) avec levée progressive des sanctions.

    Beaucoup de ces points ont été discutés de nombreuses fois. Donc ils pourraient y arriver. A priori bien sûr, ce n’est pas à l’avantage de l’Ukraine, mais il faut une paix. Il faut avancer et l’Ukraine pourra peut-être bâtir son avenir sur des bases économiques plus solides. Quant à la Russie, elle reste une menace et la prise de conscience européenne devrait nous faire avancer vers une Europe de la Défense chère aux vœux du Président français.

    A suivre donc.

  • Le Soudan: pour tout l’or du monde

    Au confluent du Nil Blanc et du Nil Bleu, les pyramides et temples du royaume kouchite, grande puissance du monde antique ( VIIIe siècle av. J.-C. au IVe siècle apr. J.-C. ) ne semblent plus à l’abri de la guerre qui ravage le Soudan. Depuis avril 2023, il y a un conflit majeur entre l’armée régulière soudanaise (SAF) et les Forces de soutien rapide (RSF), une milice paramilitaire.

    Jusqu’en Juillet 2011, le Soudan était le plus vaste pays d’Afrique. Mais la sécession du Soudan du Sud a redessiné les frontières. A l’Ouest du pays, le Darfour est depuis 2003 le théâtre d’un conflit sanglant entre rebelles et forces gouvernementales. Depuis 2023, les rebelles ou Forces de Soutien Rapides,  issus des anciennes milices janjawids, dont le chef est Mohamed Hamdan Daglo, dit Hemetti, livrent une guerre totale pour le contrôle du pays.

    Après 500 jours de siège, El Fasher, la capitale du Nord-Darfour est tombée aux mains des RSF. Les Nations-Unies parlent de massacres, exécutions à caractère ethnique, viols collectifs, enlèvements contre rançon, disparitions d’enfants. 100 000 personnes ont déjà fui la ville, s’joutant aux 12 millions de déplacés que compte le Soudan. Depuis Novembre, la famine est officiellement installée dans la ville. Idem pour Kadugli (Kordofan du Sud). L’aide internationale ne peut arriver à destination. Beaucoup d’infrastructures (hôpitaux, écoles) sont hors d’usage.

    L’Egypte, qui a colonisé le Soudan au XIXe s, est en faveur des forces en présence ne voulant pas de grabuges à ses frontières. Officiellement l’Arabie Saoudite, la Turquie et l’Iran aussi. Mais les RSF ont reçu des armes et des drones des Emirats Arabes Unis. Les États-Unis, avec des pays arabes comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Égypte, ont proposé une trêve humanitaire. Les RSF semblent lui donner leur accord. Pourquoi tous ces mouvements?

    Le Soudan est l’un des premiers producteurs d’or d’Afrique. Le 24 mai 2023, la principale raffinerie d’or du Soudan est à son tour tombée aux mains des RSF, ce qui constituerait un pactole de 150,5 millions de dollars. L’or est l’un des principaux moyens de financement des milices. Ils pillent systématiquement les banques et les maisons. L’extraction illégale se fait sans contrôle sanitaire ou écologique avec des procédés au cyanure et à la thiourée. Mais peu importe, l’argent n’a pas d’odeur. L’or non plus et l’Egypte dont les caisses sont vides et a besoin de refaire ses réserves commence à s’y intéresser. D’où certainement la tentative de médiation.

    Mais l’or n’est pas la seule richesse de ce pays. Le Manganèse, cuivre, zinc, chrome, fer sont sous utilisés mais très présents. C’est aussi une terre très fertile et l’une des meilleures terres arables du continent, notamment dans la Gezira. Ils fabriquent 70% de la gomme arabique mondiale, qui est utilisée dans l’agroalimentaire (émulsifiant) et le vin, les boissons gazeuses ( empêchant la cristallisation du sucre), les cosmétiques, l’industrie. Elle est nettement moins chère que celle du Sénégal et l’Europe est le premier consommateur de gomme arabique soudanaise avec 40% de la consommation mondiale.

    Enfin Port Soudan, chef lieu de l’Etat de la Mer Rouge, est un port stratégique. Devenue capitale par effondrement de Khartoum, toutes les ambassades s’y sont réfugiées ainsi que les ONG. Créé par les Britanniques en 1905, entouré de récifs coralliens, cette ville est importante du fait de sa situation géographique, son port pétrolier, et son autoroute. Les RSF se rapprochent de la ville et risquent de tomber.

    C’est pourquoi les puissances se rapprochent et tentent de négocier avant que tout ne s’écroule. Il y a trop d’intérêts en jeu.

    A suivre donc.

    https://unric.org/fr/crise-au-soudan-la-reponse-de-lonu/

    https://whc.unesco.org/fr/actualites/2648/

    A lire aussi sur Human First

  • Perdre ses enfants? Et puis quoi encore?

    Dans un débat budgétaire complètement lunaire et affligeant, on se demande bien ce qui a pris au chef d’Etat Major des Armées, Fabien Mandon, pour sortir un tel pavé dans la mare. Nous avons paraît-il « toute la technologie, la démographie et l’économie pour dissuader le régime de Moscou » mais « il nous manque la force d’âme et la capacité à perdre ses enfants ».

    On appelle d’ordinaire l’armée la grande muette. Je pense qu’elle aurait dû appliquer cette coutume en cette période si particulière. Nul doute qu’Emmanuel Macron qui est le Chef des Armées est derrière tout cela et utilise cette personne pour faire le boulot de tétaniser un peuple déjà aux abois au plan économique et politique. Le but serait officiellement de rameuter du monde sous les drapeaux.

    La France est tout de même la deuxième force humaine en Europe avec 200 000 militaires après la Pologne et devant l’Allemagne. 100 000 soldats dans l’armée de terre, 35 000 dans la Marine et 38 000 dans l’Armée de l’Air, sans compter les Gendarmes ni les services de santé. Avec ces chiffres, il est sûr que nous n’irons pas loin. Il faut augmenter les effectifs. Mais pas besoin de faire peur ni de culpabiliser les Français en leur disant qu’ils n’ont pas la force d’âme.

    De plus, une force armée se compte aussi avec ses armements, sa défense nucléaire et sa logistique. Nous sommes une force nucléaire ( 300 ogives) ce qui nous place au 7e rang des forces militaires mondiales. Notre loi de programmation 2024-2030 budgétaire concernant la Défense est de 413 Mds d’euros, en augmentation de 40% par rapport à la loi précédente ce qui nous hisse au minimum des 2% demandés par l’OTAN.

    Qu’avons-nous en magasin? L’armée française possède 225 chars de combat Leclerc et 79 canons Caesar. Notre marine exploite un porte-avions à propulsion nucléaire, quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins et 15 frégates, tandis que l’armée de l’air dispose de 197 avions de chasse. Et bien pas assez. Le Chef d’Etat Major parait bien sûr de lui et incrimine les Français, mais son matériel ne semble pas en nombre en tous cas à la hauteur des enjeux. En 4 ans de guerre, les Russes ont perdu 11 000 chars , 23 000 véhicules armés, 428 avions de chasse, 347 hélicoptères. Nous ne pourrions tenir longtemps sans aide extérieure européenne et surtout américaine.

    Et c’est là que le bâts blesse. Malgré les moyens, il y a encore des “fissures” au plan européen : stocks de munitions, capacités d’industrialisation, fragmentation entre États et des normes. Les munitions que nous avons ne correspondent pas forcément aux canons que nous avons. Et pour cause nous les vendions sur des terrains extérieurs hors Europe. La France est le premier exportateur d’armes au monde. Le Ministre Lecornu a fait rapatrier en France une usine de poudre l’été dernier. In extremis.

    Mais, d’après Emmanuel Dupuy, président de l’Institut des perspectives européennes et des études de sécurité (IPSE), « Nous sommes devenus le premier exportateur européen d’armes en vendant des avions de chasse Rafale et des canons Caesar, mais nous manquons de munitions parce que nous n’avons plus la capacité de les fabriquer en France », a-t-il confié. Certains rapports avancent que l’Europe n’a pas encore les capacités “réelles” (livrées, opérationnelles) pour gérer un conflit majeur sans appui extérieur.

    Nous avons des trous dans la raquette. En France, Il manque des camions de transport de troupes, des drones qui ont considérablement changé la guerre en Ukraine et dans le domaine de la surveillance et de la cyber guerre, nous avons des talents mais pas assez de monde pour développer. Sans compter que les Russes et les Ukrainiens, comme les Iraniens, ont pris une longueur d’avance sur le sujet que nous allons avoir du mal a rattraper.

    Alors, Monsieur le Chef d’Etat Major des Armées, est-il raisonnable de faire peur et de stigmatiser les Français de cette façon? Le BA BA du marketing politique montrerait que la peur en France ne marche pas. Par ailleurs, n’y a t il pas à balayer devant la porte de l’Etat avant de crier au loup et de demander la peau de nos enfants? Cette France politique, ces Etats Majors de grands noms qui ne savent faire un plan, un budget sauront-ils seulement encadrer des gens qui partent en guerre?

    Nul doute que si la France est en danger ils répondront à l’appel. Les Jeunes, mais aussi les Boomers, les Bourgeois des Centre-Ville, les Gaulois Réfractaires… Tout un monde disparate qui répondra d’un seul homme si la France est en danger.

    A suivre donc.

    Pour en savoir plus:

    https://fr.euronews.com/my-europe/2025/03/25/la-france-a-t-elle-les-moyens-de-mener-les-initiatives-europeennes-en-matiere-de-defense

  • Le Sommet des Peuples s’invite à la COP 30 au Brésil

    C’est un peu le bazar, mais au moins ça vit. Première fois depuis la COP à Glasgow que l’on peut manifester, c’est plutôt bien. C’était impossible à Sharm Al Sheikh, ni à Dubaï, ni à Bakou. Ils étaient partis pour financer l’arrêt de la déforestation, mais l’Europe est arrivée avec ses objectifs de réduction de la température, les pays du Sud sont vent debout pour obtenir une transition juste et les peuples autochtones sont dans la rue. La Chine est absente et fait son lobby ailleurs. Les US, l’Inde ne sont pas là non plus.

    Pourtant des choses bougent en cette première semaine comme une montée en puissance des exigences en amont de phase de la négociation finale.

    La première des demandes des pays du Sud est la Transition Juste dans le cadre du BAM (Belem Action Mechanism) . En un mot, les pays du Sud, plutôt pauvres, ont de quoi sauver la planète avec leurs forêts et leurs océans. Les pays du Nord , plus riches, polluent plus et manquent de forêts. Le Bloc Sud est visiblement très motivé. L’Europe est OK mais veut adapter les mécanismes et la Chine et le G77 sont d’accord. Ils devraient y arriver mais il y a encore un peu de négociation.

    Après la honte de Bakou sur les énergies fossiles, ce point a été remis in extremis à l’ordre du jour. Mais la coalition Kick Big Polluters Out a répertorié plus de 1600 lobbyistes liés à l’industrie des énergies fossiles, dont Monsieur Pouyanné de Total Energies. Cela promet des discussions houleuses car la demande en énergie fossile ne diminue pas.

    Le Brésil peut servir d’exemple : depuis la crise pétrolière des années 1970, le pays a fait des choix énergétiques audacieux. Il dispose aujourd’hui d’un parc automobile largement flex-fuel, d’une essence contenant 30 % d’éthanol (contre 10 % en France) et d’une électricité issue à près de 90 % de sources renouvelables (60 % hydro, 14 % éolien, 5 % solaire). Le nucléaire reste marginal, ce qui laisse une marge de progression, notamment pour faire face aux sécheresses aggravées par le réchauffement climatique.

    Le débat devra aussi intégrer la discussion avec les peuples autochtones. Un homme de 36 ans du peuple autochtone Guarani Kaiowa a été tué d’une balle dans la tête, dimanche 16 novembre, dans une réserve indigène à Iguatemi, dans l’État du Mato Grosso do Sul (centre-ouest). Il défendait son territoire contre des exploitants lourdement armés. Cela monte à 211 le nombre de morts dans ces conditions au Brésil.

    À bord du “Bateau de la Réponse”, des militants, soutenus par  Raoni Metuktire, célèbre représentant du peuple Kayapo et défenseur de l’Amazonie, dénonçaient le méga projet de voie ferrée Ferrogrão, promu par des entreprises de l’agrobusiness brésilien pour exporter à moindre coût leur production à l’étranger. Un projet qui entraînerait une déforestation massive de 5 millions d’hectares.

    En tout, 1000 associations sont venues pour le Sommet des Peuples avec des revendications qui vont de la souveraineté alimentaire, du féminisme à l’anti racisme et au retour à la Terre. Bref la COP 30 n’est pas finie. Elle va nous secouer.

    A suivre donc.

    Photo Photo by Ricardo STUCKERT / BRAZILIAN PRESIDENCY / AFP

  • MacKenzie Scott: la face cachée de Jeff Bezos

    Qui est MacKenzie Scott Tuttle, la face cachée de Jeff Bezos? Elle a été sa femme pendant 25 ans et a bâti Amazon avec lui. Son divorce avec lui l’a rendue milliardaires, mais elle est à l’opposé de son côté ostentatoire.

    Née à San Francisco, élevée dans le Connecticut, études a Princeton où elle est l’élève du prix Nobel de littérature, Toni Morrisson, c’est assez naturellement qu’elle s’oriente vers les lettres et l’écriture. Elle publie d’ailleurs son premier roman en 2005: The testing of Luther Allbright. Pas étonnant que Jeff Bezos, qui a envie de casser les codes du commerce et de l’internet, décide de monter avec elle Amazon qui est, avant de devenir la grande market place que c’est devenu, avant tout un bookstore.

    Les livres étaient la passion de MacKenzie, mais Jeff Bezos voyait aussi une opportunité car ils étaient surtout en grand nombre, faciles à distribuer simplifiant ainsi la logistique. Les acquaintances de MacKenzie avec le monde de l’édition a facilité les relations commerciales avec ce monde fragmenté. Elle a aussi pris le lead sur la négociation du contrat de frêt qui est la base du succès de Amazon, qui devait rationaliser les process et optimiser les expéditions. Aujourd’hui le réseau logistique d’Amazon est un des plus puissants au monde.

    Etant devenue mère de trois enfants, elle a préféré se retirer petit à petit du monde d’Amazon, laissant les rênes à son mari Jeff Bezos. Son divorce en 2019, suite aux frasques extra conjugales de Jeff Bezos, lui vaut de récupérer un pactole financier de 36 Milliards de dollars, ce qui la rend une des femmes les plus fortunées du monde.

    Etait-ce l’amoncellement d’argent d’Amazon, la vie de paillettes que Jeff Bezos voulait mener ou son caractère propre, mais MacKenzie décide de basculer dans la philanthropie. Cet argent doit être redidistribué et elle dit qu’elle continuera « jusquà ce que le coffre soit vide ». Elle crée un site internet Yield Giving où elle détaille les actions et associations auxquelles elle a donné sans conditions plus de la moitié de sa fortune ( 19 Milliards de dons et 2450 associations). Elle signe immédiatement The Giving Pledge, un programme de Bill Gates et Warren Buffett où plusieurs milliardaires s’engagent à reverser la moitié de leur patrimoine à des associations.

    Les chiffres donnent le tournis: 586 700 00 $ pour l’équité raciale, 125 000 000 $ au profit du changement climatique, 39 950 000 $ à la mobilité économique, 128 300 000 $ pour la santé publique, 46 000 000 $ à la communauté LGBTQ+. plus précisément, 275 millions au planning familial américain, 25 millions à Big Brothers Big Sisters of America (ce qui double le budget opérationnel de l’organisation à but non lucratif, le faisant passer de 24 à plus de 52 millions), 9 millions à la South Texas Food Bank, 9 autres pour Kaboom !, qui construit des terrains de jeux, 8 millions pour Equal Opportunity Schools, ou encore 5 millions pour Goodwill Industries of East Texas…

    D’après Forbes, ces dons représentent 36 % de sa fortune, et font d’elle la 5e philanthrope la plus généreuse en 2025. La première place étant prise par Warren Buffet, suivi de Bill Gates et de sa femme Melinda. C’est une tradition très ancrée dans les habitudes américaines, fondée sur cette volonté de changer le monde en bien par des actes individuels. La philanthropie représente 485 milliards de dollars aux États-Unis, dont 325 milliards (80 %) proviennent des individus ( alors qu’en France on est à 9% dont 20% viennent des individus).

    Avec MacKenzie Scott on est loin du Bling-Bling de Jeff et de sa nouvelle femme Lauren, avec son diamant de 20 carats et de leur mariage dans la cité lacustre de Venise avec tout le gratin mondial du show business. MacKenzie Scott nous surprend par sa générosité et sa discrétion.

    Voyons ce que cette femme peut encore choisir pour nous surprendre à l’avenir.

    A suivre donc.

    le site de Mackenzie Scott

    https://yieldgiving.com/

    celui des Gates auquel elle participe

  • Mercosur: le cauchemar des Français

    Le Mercosur (ou Mercado Común del Sur / Marché commun du Sud) est une organisation économique et commerciale créée en 1991. Elle vise à faciliter la libre circulation des biens, services et capitaux entre les pays membres ( Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay). Il existe une négociation d’accord commercial avec l’Union européenne (UE), en discussion depuis 1999, et objet de débats sur l’environnement, l’agriculture et les normes. Il existe des tensions internes à l’Amérique latine et à l’EU pour signer cet accord.

    Madame Von der Leyen soutient le Mercosur car il ouvrirait un immense marché aux industries européennes ( les voitures allemandes notamment), sécuriserait des matières premières stratégiques et renforcerait l’influence géopolitique de l’UE face à la Chine et aux États-Unis. Elle estime aussi que l’accord peut inclure des engagements climatiques contraignants.

    De leur côté, les Français sont en résistance. En premier lieu, Paris estime que l’accord n’impose pas assez de garanties contraignantes sur le respect de l’Accord de Paris sur le climat, ou la lutte contre la déforestation. Avec la COP 30, on peut penser que cet argument va s’effacer.

    Le secteur agricole (élevage bovin, viande, sucre) craint une concurrence déloyale des produits sud-américains ; volumes d’importation élevés, viandes produites avec des normes moins strictes (pesticides, hormones), coûts de production plus bas.

    La France demande une « clause miroir » : si des produits étrangers entrent en Europe, ils doivent respecter les mêmes normes que ceux produits dans l’UE, notamment les normes sociales ou environnementales ( pesticides). Par ailleurs, Les produits importés du Mercosur (notamment la viande bovine) coûtent beaucoup moins cher à produire : élevage souvent intensif, terres moins chères, coûts de main-d’œuvre plus faibles. Ils craignent une chute des prix et la fermeture d’exploitations françaises

    Cette négociation que Ursula Van der Leyen veut terminer, est un des enjeux de la présence d’Emmanuel Macron a Bélem Brésil pour la COP 30. Ce traité ne pourra être signé sans la France.

    A suivre donc.