Qui connaissait Ceuta avant que tous ces migrants n’arrivent du Maroc? Le 30 Juillet 2026, environ 60000 personnes, essentiellement de jeunes Marocains, ont franchi la frontière terrestre ou sont entrées par la mer, souvent à la nage, dans ce territoire de Ceuta provoquant une des plus grosses crises migratoires de ces dernières années. Comme dans toute crise, il faut comprendre le contexte diplomatique, social et politique, savoir quels ont été les déclencheurs et enfin quels acteurs peuvent tirer parti de cette crise ?
Quel est le contexte diplomatique entre l’Espagne et le Maroc?
Port franc espagnol sur le continent africain, en face de Gibraltar, Ceuta est la deuxième porte d’entrée ( ou de sortie ) de la Méditerranée. Cette position n’est pas neutre stratégiquement car elle donne à l’Espagne et à l’Europe une possibilité de contrôle du trafic de la Méditerranée que ce soit commercial ou militaire. C’est aussi un point d’ancrage portuaire en Afrique.
L’Espagne et le Maroc sont des partenaires diplomatiques ayant des relations complexes. Le dossier central est le Sahara Occidental, que le Maroc considère comme sien, mais que le Front Polisario, soutenu par l’Algérie, réclame au travers d’un référendum d’autodétermination conformément aux résolutions des Nations unies. La position de l’Espagne, initialement neutre, a changé en 2022. Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a opéré un tournant majeur en qualifiant le plan d’autonomie marocain de « base la plus sérieuse, réaliste et crédible » pour résoudre le conflit.
Dans le même temps, le Maroc ne reconnaît pas la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla, qu’il considère comme des vestiges du colonialisme. Mais l’Espagne dit que Ceuta comme Melilla sont espagnoles depuis respectivement le XVII e s et le XV e s et Madrid refuse toute négociation sur leur souveraineté.
Le Maroc contrôle une des plus importantes routes migratoires vers l’Europe. L’Union verse environ 500 millions d’euros au Maroc dans le cadre de la coopération migratoire pour la période 2021-2027. Cela couvre une surveillance aux frontières, une lutte contre les réseaux de passeurs et une réadmission des passeurs. L’Espagne a déjà connu une crise identique en 2021 ou 10000 migrants sont arrivés à Ceuta.
Une manipulation numérique serait le déclencheur de ce déferlement
Peu avant le flux de migrants, une fausse information circule sur les réseaux sociaux selon laquelle des réseaux de passeurs ont diffusé l’idée qu’il était devenu plus facile d’entrer en Espagne après une décision de la Cour suprême espagnole limitant certains refoulements immédiats des personnes arrivées par la mer.
L’idée folle est donc venue à ces pauvres jeunes de rentrer par la mer provoquant la mort de 72 d’entre eux. Les causes sont la détresse économique de certains et la volonté de rentrer en Europe pour rejoindre une vie qu’ils pensent meilleure. Certains viennent de pays africains hors Maroc et ne sont pas forcément bien acceptés au Maroc.
Selon Thierry Breton, qui relance le débat sur la maitrise des frontières européennes informationnelles et numériques, » dès le 27 juillet, un groupe Facebook, « Hraga Ceuta », rassemblant plus de 20 000 membres, partageait des cartes Google Maps indiquant les distances de nage autour de la digue du Tarajal, du matériel, des itinéraires et des cagnottes. TikTok, WhatsApp et Instagram ont fait le reste ».
Des soupçons d’ingérence étrangère?
Lorsque l’on parle de Facebook, X ou Tik-Tok, des pistes de réflexion sur de possibles ingérences sont à évoquer surtout que les principes du DSA ( Digital Service Act) applicables en Europe ne sont pas appliqués au Maroc.
JD Vance n’a-t-il pas, en Février 2025 , lors d’une conférence sur la sécurité européenne, parlé de censure totale de la liberté d’expression en Europe, notamment vis-a-vis des partis d’extrême droite, de persécution avérée des chrétiens et de politique délibérément favorable à l’immigration de masse. Vance ne s’est pas contenté de désigner ces trois menaces, mais aussi pointé du doigt les coupables : l’UE et les responsables politiques « globalistes ».
Ce jour-là, le vice-président Vance a ensuite fustigé sans le nommer le Digital Services Act ( 2022) et son Code de conduite, intégré en janvier 2025, en accusant l’Union d’avoir menacé les citoyens des pays membres de leur couper l’accès aux réseaux en cas de « discours de haine », surestimant volontairement la portée des propos de Thierry Breton sur les contenus haineux ou mensongers du compte X d’Elon Musk pendant la campagne américaine – des propos qui tombaient sous le coup de la loi européenne. Cela a valu à ce même Thierry Breton d’être interdit du territoire américain, sans que au passage, Monsieur Macron n’ait rien à redire.
Les cris sur la fermeture de l’espace Schengen à l’Espagne de Madame Méloni, dont les amours avec Donald Trump vont et viennent , mais qui reste quand même une fidèle de la politique d’extrême droite proches de Donald Trump, ne sont pas neutres. Ils relèvent d’une même volonté de faire trembler l’Europe, ce géant commercial qui est devenu un rival, malheureusement aux yeux de Trump, des Etats-Unis. Elle avait juste oublié que l’Italie était le pays qui accepte le plus de migrants en Europe.
Le regard de Human First
Beaucoup de passion et de politique dans cet évènement tragique.
La barrière flottante actuelle autour de Ceuta est le symbole misérable de la difficulté des Européens à conduire une véritable politique migratoire globale. Il est vrai que c’est difficile et que les pays concernés jouent leur jeu politique et économique.
Le deuxième élément est soulevé par Thierry Breton. C’est la nécessité d’intégrer dans le process une maîtrise informationnelle de nos frontières , un démantèlement des passeurs numériques et une meilleure coopération dans le domaine des comptes identifiés.
Les frontières du XXIᵉ siècle ne sont plus seulement des murs ou des barbelés. Elles sont aussi des algorithmes, des plateformes et des campagnes de désinformation. Tant que l’Europe ne protégera que ses frontières physiques, elle restera vulnérable par les frontières numériques.

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