La transition écologique est souvent présentée comme une dépense insoutenable. Rénover les bâtiments, décarboner l’industrie, protéger la biodiversité ou adapter nos territoires au changement climatique seraient autant de contraintes pesant sur la compétitivité. Pourtant, les chiffres racontent une toute autre histoire. Le véritable coût est celui de l’inaction.
Chaque année, les catastrophes climatiques, la dégradation des écosystèmes, les pollutions et la raréfaction des ressources pèsent davantage sur nos économies. La question n’est donc plus de savoir combien coûte la transition écologique, mais combien nous coûtera le fait de ne pas la mener.
Des progrès sensibles sont observés, s’agissant par exemple de certains polluants atmosphériques mais aussi d’émissions de gaz à effet de serre (GES), qui ont diminué sur le territoire national de plus de 30 % entre 1990 et 2023 . Mais cela n’est pas suffisant.
Une facture qui ne cesse de s’alourdir
Ces dérèglements environnementaux ont entraîné, selon les estimations produites par les grands réassureurs mondiaux, des coûts économiques directs évalués autour de 300 Md€ en 2024 à l’échelle mondiale, un chiffre en progression constante depuis 2015. En France, un scénario de statu quo des politiques menées face au dérèglement climatique entraînerait une perte de 11,4 points de PIB à l’horizon 2050. ( chiffres Cour des Comptes).
Fin 2024, une nouvelle étude de l’Ipbes, dite « rapport Nexus », a mis en avant les interconnexions entre la biodiversité, l’eau, l’alimentation, la santé et le changement climatique et souligné qu’« un retard dans la réalisation des objectifs…, pourrait doubler les coûts – tout en augmentant la probabilité de pertes irremplaçables telles que les extinctions d’espèces ».
6 défis qui dépassent le climat
La transition écologique ne se résume pas à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Elle repose sur six grands défis interdépendants :
- atténuation du changement climatique,
- adaptation au changement climatique,
- préservation de la ressource en eau,
- transition vers l’économie circulaire,
- prévention des pollutions,
- préservation et restauration de la biodiversité.
La biodiversité : un capital économique souvent ignoré
La biodiversité est encore trop souvent perçue comme un enjeu environnemental réservé aux naturalistes. Pourtant, elle constitue aussi un actif économique.
Selon les données citées dans le document de la Cour des Comptes, 55 % du PIB mondial dépend directement des services rendus par les écosystèmes. En France, 42 % de la valeur des entreprises est liée à ces services.
Protéger la biodiversité revient donc aussi à protéger notre économie.
Mais il faudrait améliorer les indicateurs, trop souvent portés uniquement sur l’abondance des oiseaux (qui par ailleurs est en baisse de 31% entre 1989 et 2023 en France, avec une baisse de 44% dans les milieux agricoles et bâtis).
La France s’est engagée à placer sous protection 30 % de son territoire terrestre et maritime, dont un tiers (10 % du territoire) sous protection forte. Mais entre 2015 et 2022, le rythme d’artificialisation est resté stable, ce qui révèle une incapacité persistante à diminuer la pression sur les espaces naturels. Là encore de larges marges de progression.
L’eau, les pollutions et les déchets : des signaux d’alerte
L’eau est une ressource renouvelable essentielle aux activités humaines (ex. eau potable, agriculture, énergie) et aux écosystèmes, mais dont la qualité et la quantité varient fortement dans le temps comme dans l’espace.
En France, la loi du 21 avril 2004 donne un objectif d’atteinte du « bon état », écologique et chimique, des masses d’eau qui était fixé à 2015. Cet objectif a progressivement été reporté à 2027. En 2021, moins de la moitié de ces milieux est en bon état écologique.
La transition vers une économie circulaire repose notamment sur des mesures de réduction des déchets à la source. Les évolutions récentes confirment ce constat : le volume de DMA par habitant accuse une hausse de près de 13 % entre 2010 et 2022, loin de la trajectoire fixée d’une baisse de 15 % par habitant entre 2010 et 2030.
De nombreux polluants présents dans les sols, l’eau et l’air impactent la santé humaine et les écosystèmes. Les particules très fines seraient responsables de 7 % de la mortalité totale de la population, soit 40 000 décès prématurés par an.
Dans l’eau ou les sols, ils impactent notre alimentation (pesticides, microplastiques, PFAS43) et affectent le fonctionnement des écosystèmes (diminution de la capacité de production des terres agricoles, augmentation du risque d’inondation du fait de l’asséchement des sols). Seules les concentrations des particules fines dans les grandes métropoles ont baissé ( combustion du bois, transport).
Travailler avec les assureurs sur la sinistralité
Le coût des dommages écologiques peut être direct (coût des catastrophes dues aux dérèglements des cycles naturels) ou indirect (par exemple sur le système de santé).
Les pertes économiques liées aux « désastres naturels » sont élevées et croissantes dans le temps, dans toutes les régions du monde, y compris en Europe. Alors que la valeur des pertes liées aux catastrophes naturelles était en moyenne de 50 Md$/an sur la décennie 1980-1989, elle est estimée à environ 250 Md€ par an de 2000 à 2024. Pour la seule année 2024, les coûts économiques des catastrophes climatiques dans le monde sont estimés à environ 370 Md€106.
La transition climatique n’est pas la seule cause de cette augmentation de la sinistralité. La tendance à continuer de construire des logements dans des zones à risque de débordement ou dans des forêts comme en Gironde contribue à l’augmentation du coût de la sinistralité.
L’application des dispositions règlementaires est au contraire de nature à diminuer le coût de la sinistralité. Au-delà du coût des dommages, la solvabilité même des acteurs économiques, notamment des assureurs, est fragilisée. L’utilisateur lui même serait perdant avec des franchises accrues ou des refus d’assurer.
La seule voie de sortie est la prévention. Améliorer la gestion des forêts ( en embauchant plus de monde), intégrer des zones humides dans les zones sèches, éviter les bâtis en zone argileuse ou forestière,
Les plans de prévention des risques d’inondation ont permis de réduire significativement les dommages subis par les particuliers. Chaque euro investi dans la prévention génère plusieurs euros d’économies en évitant des destructions futures. Cette logique devrait inspirer l’ensemble des politiques publiques liées à la transition écologique.
Le regard Human First
Pendant longtemps, nous avons considéré l’écologie comme un coût. Nous découvrons aujourd’hui qu’elle constitue avant tout une assurance pour notre économie, notre santé et notre sécurité.
Le véritable débat n’est donc plus : « Combien coûte la transition écologique? » mais plutôt, « Combien sommes-nous prêts à payer pour éviter une banqueroute complète du système »?
A suivre donc.
Plus d’infos
https://www.ccomptes.fr/fr/publications/la-transition-ecologique

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