Human First

Human First est un espace d’idées, de réflexion et de dialogue. Dans un monde en pleine mutation – bouleversé par les crises climatiques, les révolutions technologiques et les tensions sociales – nous faisons le choix de revenir à l’essentiel : l’être humain.

Engagée depuis 1997 pour une politique de progrès, fondée sur l’écologie, la justice sociale et le rassemblement républicain.

Manager internationale expérimentée spécialisée en alliances stratégiques et projets globaux internationaux. Experte en innovation, transition numérique et écologie appliquée (Cloud, IA, Smart Cities, décarbonation).

  • Algérie France: Nunez va-t-il réussir à dénouer les tensions?

    Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, est allé, à la demande de l’Algérie visiter ce pays magnifique avec lequel les relations sont si difficiles. Pays colonisé en 1830 puis devenu département Français en 1948, l’Algérie, près de 200 ans après a encore les stigmates d’un pays meurtri. C’est le seul pays du Maghreb à avoir vécu cet violation, les deux autres pays, Maroc et Tunisie, n’étaient que des protectorats. Depuis l’Indépendance en 1962, la tension est constante. Envoyer un Ministre de l’Intérieur, comme aux temps des colonies, peut être vu comme provocateur, mais c’est l’Algérie qui le demande, le dossier des OQTF étant crucial pour la France.

    Après les agitations brutales de Bruno Retailleau, Jean-Noël Barrot, Ministre des Affaires Etrangères, Ségolène Royal, Présidente de l’Association France-Algérie et maintenant Laurent Nuñez s’évertuent à récupérer une situation délicate. Les points de tensions sont nombreux: désaccord sur le Sahara occidental, crises diplomatiques (expulsions de diplomates, affaires judiciaires), questions migratoires, lois algériennes qualifiant la colonisation française de « crime » et demandant des excuses de la France.

    Depuis la reconnaissance par la France de la marocanité du Sahara Occidental, les sujets de tensions sont allés crescendo: rejet des OQTF par l’Algérie, emprisonnement de personnalité comme Boualem Sansal ( libéré) ou Christophe Gleize ( encore détenu), enlèvement en France de l’influenceur Amir DZ, attribué par Paris au régime algérien. Laurent Nuñez souhaite a minima parler de narcotrafic, lutte contre l’immigration clandestine et du retour des personnes sous OQTF, ainsi que de la question de l’assouplissement des visas, demandée par les Algériens. 

    C’est une politique des petits pas qui est à l’œuvre, mais le débat est immense. Des lois récentes qualifient la colonisation de « crime » et attribuent la responsabilité historique à la France. Derrière tout cela, la reconnaissance juridique des massacres, tortures, spoliations, déplacements forcés ou essais nucléaires et bien sûr leur corollaire financier: indemnisation des victimes et descendants, compensation pour ressources exploitées, réparation des dégâts environnementaux.

    Une revendication fait déjà l’objet de négociations bilatérales est celle des archives coloniales, de la restitution d’objets historiques et culturels, ainsi que le retour des restes des résistants algériens. La visite du Président Macron en 2022 avait débouché sur la création d’une commission qui a déjà eu pour effet la remise de 2 millions de documents digitalisés, ainsi que des registres.

    Une autre revendication sur laquelle insiste beaucoup le gouvernement algérien est celle des essais nucléaires en Algérie (1960), du nettoyage des sites contaminés, de la carte précise des déchets radioactifs, et de l’indemnisation des victimes. Les Algériens ont commencé le nettoyage de certains sites, mais il est clair que c’est une manœuvre extrêmement délicate et la tâche des équipes algériennes a été compliquée par l’absence de cartes et d’archives françaises relatives à cette opération, ce qui a rendu difficile l’identification des zones radioactives.

    La France de son côté a sur les bras le dossier migratoire et sécuritaire, d’où la présence du Ministre de l’Intérieur. Elle souhaite que l’Algérie reprenne ses ressortissants sous OQTF ( ce qui serait une belle victoire pour les élections françaises a venir), ainsi qu’une meilleure coopération consulaire. Elle souhaite une coopération judiciaire, renseignement / police et une coordination antiterroriste (Sahel, réseaux djihadistes).

    Bref il y a du travail. On dit que Christophe Gleize n’est pas au centre des discussions, même si ce dernier a été transféré de la prison de Tizi Ouzou vers une prison proche d’Alger pour faciliter les visites. Ce dernier devra se pourvoir en cassation et suivre la procédure habituelle, en espérant que la bonne volonté générale conduise à sa libération.

    Un bon point est que Laurent Nuñez a été reçu par le Président Abdelmadjid Tebboune, ce qui n’était pas prévu au départ et constitue une volonté de réchauffement des relations diplomatiques.

    A suivre donc.

  • Iran: l’ONU ouvre le dossier de crimes contre l’Humanité

    Par Massoumeh Raouf

    Alors que le régime de Téhéran poursuit une répression d’une violence extrême sous un blackout numérique quasi total, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a fissuré le mur du silence. Réuni en session extraordinaire à Genève, l’organe onusien a adopté une résolution historique ouvrant la voie à une enquête internationale urgente sur de possibles crimes contre l’humanité commis dans le cadre du soulèvement populaire en Iran.

    Une résolution qui fait basculer le dossier iranien

    Adoptée par 25 voix pour, 7 contre et 14 abstentions, la résolution marque un tournant majeur. Elle prolonge de deux ans le mandat de la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur l’Iran et renouvelle celui du Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme dans le pays.

    Au-delà du vote, le message est clair : la communauté internationale ne se contente plus de condamnations politiques. Les mécanismes judiciaires internationaux sont désormais activés, avec pour objectif la collecte, la préservation et l’analyse de preuves en vue de poursuites futures.

    Volker Türk : « La brutalité continue »

    Dès l’ouverture de la 39ᵉ session extraordinaire, Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux Droits de l’Homme, a livré un constat sans équivoque. Derrière un langage dépouillé de toute prudence diplomatique, il a résumé la situation par une phrase glaçante :

    « Les meurtres dans les rues iraniennes ont peut-être ralenti, mais la brutalité continue. »

    Depuis l’intensification de la répression le 8 janvier 2026, les forces de sécurité iraniennes ont généralisé l’usage de balles réelles contre des manifestants majoritairement pacifiques. L’ONU parle désormais d’une attaque systématique contre une population civile désarmée, et non plus d’opérations de maintien de l’ordre.

    Le blackout numérique, instrument de la répression

    Le silence imposé à l’Iran n’est pas seulement politique, il est technologique. Coupures d’Internet, filtrage massif, surveillance numérique : le blackout est devenu un outil central de la répression, destiné à empêcher la documentation des crimes, à étouffer les témoignages et à isoler les victimes.

    Pour le Conseil des droits de l’homme, cette obscurité informationnelle constitue un facteur aggravant, favorisant l’impunité et entravant toute vérification indépendante des faits.

    La guerre des chiffres : un gouffre vertigineux

    L’un des moments les plus tendus de la session a été la confrontation des bilans humains, révélant un écart abyssal entre les chiffres officiels et ceux issus de sources indépendantes.

    Le représentant du régime iranien Ali Bahreini a reconnu 3 117 morts, tout en attribuant la majorité d’entre eux à de supposées « opérations terroristes ». Une ligne de défense immédiatement contestée par les experts.

    En réponse, le juriste international Payam Akhavan a cité des données provenant de la communauté médicale iranienne faisant état de 16 500 morts et plus de 330 000 blessés.
    La Rapporteuse spéciale Mai Sato a rappelé que les organisations de la société civile évoquent des dizaines de milliers de victimes, chiffres impossibles à confirmer tant que le pays reste plongé dans un blackout numérique imposé par l’État.

    Une mission d’enquête aux pouvoirs élargis

    Présidée par Sara Hossain, la Mission internationale indépendante voit son mandat considérablement renforcé. Sa mission est désormais explicitement judiciaire : identifier les chaînes de commandement, établir les responsabilités institutionnelles et déterminer si les violations documentées relèvent de la qualification de crimes contre l’humanité.

    Il ne s’agit plus de constater ou de dénoncer, mais de préparer des dossiers susceptibles d’être utilisés devant des juridictions internationales.

    Peine de mort, arrestations massives et intimidation

    La résolution exige également la fin immédiate des pressions, menaces et représailles contre les survivants, les familles des victimes, les journalistes et les défenseurs des droits humains. Elle appelle à un moratoire sur la peine de mort, alors que des milliers de détenus risquent des procès expéditifs.

    Selon les ONG, plus de 41 000 personnes auraient été arrêtées depuis le début des manifestations, beaucoup d’entre elles étant exposées à des accusations passibles de la peine capitale.

    La fin du huis clos

    Si la répression se poursuit, une chose a changé : elle ne se déroule plus dans l’ombre totale. Vidéos diffusées malgré la censure, témoignages médicaux transmis clandestinement, preuves numériques sauvegardées hors des frontières — autant d’éléments qui ont fini par forcer les portes de Genève.

    Le régime iranien peut tenter de couper les réseaux, mais il ne peut plus rompre le lien désormais établi entre le destin du peuple iranien et la justice internationale.
    La session extraordinaire du 26 janvier 2026 marque une rupture : celle d’un monde qui regarde enfin ce que l’on voulait cacher — et qui commence à demander des comptes.

    A suivre donc.

    Pour en savoir plus:

    https://www.ungeneva.org/fr/news-media/meeting-summary/2026/01/human-rights-council-adopts-resolution-extending-mandates-fact

  • Les Data Centers de l’Espace

    Après Google Suncatcher et son projet de 2023 de délocaliser l’infrastructure alimentant l’intelligence artificielle vers un endroit où aucune contrainte terrestre ne s’applique vraiment : l’orbite spatiale, Elon Musk veut maintenant créer des data centers de l’espace. Quel intérêt? Une source d’énergie infinie due à un ensoleillement constant, aucun foncier à acheter, aucune nappe phréatique à pomper, et surtout la capacité de multiplier la puissance de calcul sans faire exploser les réseaux électriques.

    Suncatcher de Google voulait créer une constellation de mini-data centers orbitaux équipés de processeurs spécialisés pour l’IA, tous connectés entre eux en essaim par des liaisons optiques ultrarapides et alimentés exclusivement par l’énergie solaire. Elon Musk propose aussi des data centers dans l’espace.

    Lundi 2 février, le milliardaire a annoncé la fusion de sa société d’intelligence artificielle xAI (qui détient le réseau social X) avec son entreprise spatiale SpaceX. « SpaceX a fait l’acquisition de xAI pour former le moteur d’innovation intégré verticalement le plus ambitieux sur Terre (et au-delà), alliant l’IA, les fusées, l’internet spatial, les communications directes vers les mobiles et la plus importante plateforme d’information en temps réel et de liberté d’expression au monde », a écrit Elon Musk sur le site de SpaceX. Son objectif ultime: la construction en orbite de centrales photovoltaïques géantes alliées à des centres de données d’IA, pour fournir «des bases autonomes sur la Lune » jusqu’à l’établissement d’« une civilisation entière sur Mars et au final une expansion dans l’univers ». 

    La force de Musk est sa connaissance de l’espace via SPaceX. Car il faut des matériaux spécifiques pour l’Espace, particulièrement pour éviter les rayonnements cosmiques. Il faut aussi résoudre le problème de l’énergie et de l’évacuation de la chaleur. Sur Terre, nous évacuons la chaleur des data centers directement dans l’air, ou encore via des liquides pour ensuite restituer cette chaleur à l’air via une tour de refroidissement. Dans l’espace, il n’y a pas d’air à qui transférer de la chaleur, la seule façon d’évacuer de la chaleur dans l’espace est le rayonnement lumineux qu’émet tout objet. Il faudra donc des radiateurs immenses pour pouvoir évacuer cette chaleur. Et nous ne parlons même pas de la nécessité d’un lanceur extrêmement puissant et à cadences rapides, ni du support informatique en cas de panne.

    C’est pourquoi Matt Garman, PDG d’Amazon Web Services (AWS), tempère fortement l’enthousiasme pour les data centers orbitaux, les jugeant économiquement irréalisables à court terme. Lors du Cisco AI Summit, il a pointé du doigt un obstacle fondamental : la logistique et le « coût d’une charge utile » pour atteindre l’orbite, qu’il qualifie de massif. Mais il va certainement à l’encontre de son fondateur Jeff Bezos, qui croit à l’expansion dans l’Espace.

    Sans être PDG de quoi que ce soit, je me demande en simple Humain si nous avons besoin de tout cela. Je me demande si l’Espace leur appartient et si quelqu’un va leur demander des comptes à tous ces gens là. L’Espace est à tous et nous ne voulons pas de dark age sans lumière, ni de pollution lumineuse qui nous empêche de voir les étoiles.

    A suivre donc,

  • Proposition quotidienne de rédaction
    Décrivez votre premier ordinateur.

    Les jeunes ne peuvent imaginer. Le Bull Questar 400. C’était en fait une station de travail. Pour avoir les touches de fonctions, il fallait rajouter sur le clavier un bandeau en plastique.

    Je faisais mes devis pour les clients dessus. Un cauchemar. Mais il avait quand même fière allure en 1988. La technologie est allée très vite.

  • Duplomb dans l’aile? pas encore…

    On croyait que les Sénateurs vivaient une vie tranquille dans leur beau Palais du Luxembourg. Il en est un pourtant qui ne digère pas son échec et cherche à revenir au devant de la scène avec une PPL en faveur des néonicotinoïdes. Le Sénateur Duplomb en effet a annoncé qu’il allait proposer une PPL pour que les agriculteurs puissent disposer de l’acétamipride et de la flupyradifurone.

    La loi Duplomd, promulguée en Aout 2025 au terme d’un débat tronqué, introduisant entre autres la possibilité d’utiliser des néonicotinoïdes pour l’agriculture a été abrogée en Septembre 2025. Une pétition, déposée dans le cadre de la procédure prévue aux articles 147 et suivants du Règlement de l’Assemblée nationale, a réuni plus de 2M de signataires. Pour lui ce fut Veni, Vedi et suparati (vaincu)…

    Cette loi a été dénoncée unanimement par l’ensemble de la communauté scientifique. 22 sociétés savantes médicales, parmi lesquelles celles de pédiatrie, du cancer, d’hématologie, d’endocrinologie, de neurologie, mais aussi le conseil scientifique du CNRS et la Ligue nationale contre le cancer, ont pris position contre cette loi, indiquant son risque pour la santé publique.

    L’acétamipride est un produit nocif pour les abeilles, les insectes pollinisateurs …. et les Hommes. Il est très soluble dans l’eau et reste des dizaines de jours dans le milieu naturel et l’eau de pluie après avoir été administré dans un champ. Il traverse aussi la barrière placentaire et peut se trouver en contact des cerveaux des bébés. Selon l’Inserm, ils sont liés à la maladie de Parkinson, des cancers du sang, des cancers de la prostate, des leucémies, des troubles de la fertilité, des troubles cognitifs.

    On pensait le dossier clos, mais Laurent Duplomb a annoncé à l’assemblée des Producteurs de Pommes de Terre ( UNPT) en Janvier dernier à Arras qu’il ferait le dépôt d’une nouvelle proposition de loi (PPL) . Il prévoit donc l’enrobage des semences de betteraves pour 3 ans avec de la flupyradifurone, la possibilité d’une pulvérisation de l’acétamipride et de la flupyradifurone, et des solutions contre les ravageurs pour les noisettes, la cerise et la pomme.

    Contrairement aux PJL ( projet de loi) , les PPL ne sont pas soumises à une délibération du Conseil des ministres ou à un avis du Conseil d’État, mais directement déposées devant la chambre à laquelle appartient leur auteur.  Le texte sera, d’après le Sénateur Duplomd, cosigné par cinq groupes du Sénat : « les Républicains (LR), les Centristes, le groupe Horizon, les Macronistes du Sénat (RDPI) et le RDSE (groupe radical de gauche du Sénat) ». Ils doivent choisir une niche parlementaire.

    Cette procédure a de plus en plus de succès car elle bypasse le gouvernement. Entre 2017 et 2022, 2 419 PPL ont été déposées (2 226 à l’Assemblée, 193 au Sénat), et 114 seulement ont été adoptées définitivement, alors que 240 des 320 projets de loi l’ont été. L’histoire n’est donc pas dite.

    A suivre donc.

  • Les Pasdaran iraniens, organisation terroriste?

    Les Etats-Unis les ont classés organisation terroriste depuis 2019, au même titre qu’AL Qaïda, le Hezbollah, ISIS. Le Canada a suivi en 2024, justifiant la désignation par les violations des droits de l’homme et les actions déstabilisatrices du régime iranien. L’Europe en prend seulement le chemin en 2026 après des milliers de morts massacrés en quelques jours en Iran lors des dernières révoltes. Cela permet d’enquêter sur d’anciens hauts responsables iraniens vivant dans les pays européens. Qui sont-ils et pourquoi cela a mis plus de temps en Europe qu’aux Etats-Unis?

    Les Pazdaran sont un pur produit de l’Ayatollah Khomeini qui a pris le pouvoir en 1979, renversant le Shah, lui-même protégé par les Etats-Unis. Khomeini était en exil en Irak depuis 1964, jusqu’au moment où, devenu trop bruyant et dangereux pour le régime du Shah, ce dernier a demandé à Saddam Hussein de l’expulser d’Irak. A la surprise générale, c’est en France, à Neauphle-le-Château que l’Ayatollah Khomeini a atterri pour continuer et finaliser sa rébellion contre le Shah. Le double jeu de la France et peut-être son soutien à un mouvement qui allait certainement finir par renverser le gouvernement en place sont peut-être à l’origine d’une forme de complaisance de la France à l’égard du gouvernement de la République islamique.

    En Février 1979, les premières actions de Khomeini après son retour en Iran ont consisté à démanteler l’autorité du gouvernement de transition du shah, à instaurer un gouvernement provisoire sous son contrôle, et à organiser la prise de pouvoir totale des forces révolutionnaires en moins de deux semaines, ouvrant la voie à la création de la République islamique d’Iran. Il créé les Pazdaran (en persan Sepâh-e Pâsdârân-e Enqelâb-e Eslâmi) qui sont les Gardiens de la Révolution islamique iranienne. Ils sont là pour protéger le régime islamique et l’héritage de l’ayatollah Khomeiny. Ils ne dépendent pas de l’armée classique, mais directement du Guide suprême. Leur rôle est militaire, sécuritaire, idéologique et peuvent soutenir des branches alliées comme le Hezbollah au Liban.

    Les Pasdaran contrôlent une part énorme de l’économie iranienne : pétrole, BTP, télécoms, ports… Un véritable État dans l’État. Mais avec les sanctions internationales et la profonde crise économique que le pays traverse, les Pasdaran se sont tournés de plus en plus vers le trafic de drogue, important de la drogue et des stupéfiants majoritairement d’Afghanistan.

    Mais ce sont les massacres de Janvier 2026 qui font changer la donne. Un bilan en date du 27 janvier, réalisé par l’ONG Human rights activists news agency (HRANA), fait état de 6.221 décès en Iran, parmi lesquels 5.858 manifestants et 100 mineurs. Des actes de torture, de violences sexuelles, de disparitions horrifient la planète et ne peuvent laisser les pays sans réaction.

    Cette désignation a une action symbolique première car les Pazdaran sont issus directement de Khamenei. En attaquant les Pazdaran, on attaque Khamenei. Elle aura une action directe sur le renforcement de la réponse policière des États européens aux activités extraterritoriales des Gardiens de la révolution. C’est aussi une façon de commencer un travail de fond sur la destitution du gouvernement en place, dans un contexte « d’encerclement » du pays par l’armée navale américaine.

    A suivre donc.

    Par ailleurs, pour approfondir ces thématiques, veuillez vous joindre à la conférence donnée dans le cadre du Salon du Livre « Journalistes Écrivains » :
    • Thème : « Iran, Résistance d’hier et d’aujourd’hui »
    • Date : Dimanche 1er mars, de 14h à 15h
    • Lieu : Salle Olympe de Gouges – Paris 11ᵉ

    avec Massoumeh Raouf dont le livre est ci dessous.

    Recommandation de lecture

  • Iran: une armada américaine pour cueillir Khamenei?

    Trump est insatiable. Malgré le chaos qui règne aux USA, Trump continue à gérer ses affaires à la barbe de tous. Il a lancé une armada pour tenir en étau l’Iran, notamment un groupe aéronaval centré autour du porte-avions USS Abraham Lincoln et des navires d’escorte. Ce déploiement inclut des navires de guerre, des destroyers, des avions de combat et des moyens de défense sophistiqués.

    Si vis pacem, para bellum ( si tu veux la paix, prépare la guerre). Il la veut la paix visiblement, car son armada est immense aux portes de l’Iran. Au point que Khamenei est déjà dans son bunker.

    L’Iran de son côté est au bord de l’implosion. Les Femmes ont initié le mouvement en 2022: Le slogan « Femme, Vie, Liberté » (Zan, Zendegi, Azadi en persan) est devenu le cri de ralliement d’un vaste mouvement de protestation en Iran. Il réclame la fin de la répression, l’égalité des droits des femmes et plus largement la liberté politique et sociale pour tous les Iraniens. Après la mort de Mahsa Amini, des milliers de personnes ont manifesté dans de nombreuses villes d’Iran, non seulement pour les droits des femmes, mais aussi contre la corruption, la répression politique et les lois strictes du régime. e gouvernement iranien a réprimé ces protestations de manière violente, avec arrestations massives et morts de manifestants.

    L’année dernière des protestations se sont déroulés depuis le printemps: en mai–juillet 2025, des boulangers ont protesté dans plusieurs villes contre la hausse des prix du pain, les retards de subventions et la mauvaise gestion des ressources; pendant l’été 2025, des manifestations liées à la crise de l’eau et des coupures d’électricité ont aussi eu lieu dans diverses régions d’Iran; enfin d’autres manifestations ont débuté le 28 décembre 2025 dans plusieurs villes iraniennes, d’abord à Téhéran, au Grand Bazar, à cause de l’aggravation de la crise économique (inflation, dévaluation du rial, baisse du pouvoir d’achat, hausse des prix…) qui pèse lourdement sur les ménages iraniens.

    La répression des manifestations par les forces de sécurité iraniennes a été extrêmement violente. Des tirs à balles réelles et des attaques brutales ont fait des milliers de morts, avec des chiffres très difficiles à vérifier à cause du blackout d’internet imposé par le gouvernement.

    La situation économique de l’Iran est difficile avec une croissance extrêmement faible, une inflation de 40% , un effondrement du rial, la monnaie iranienne, perdant de sa valeur de manière spectaculaire sur plusieurs années — ce qui rend les importations plus coûteuses et réduit le pouvoir d’achat des ménages. L’embargo qui dure depuis 1984 ( embargo sur les armes en 84 puis en 2007, puis sur le pétrole et l’économie en 1995, et une reprise de l’embargo après un léger fléchissement en 2018) a mis l’Iran exsangue, même si elle a su obtenir de l’aide d’autres pays comme la Chine, les EAU, la Turquie, la Russie.

    Donc l’Iran est un fruit mur à cueillir. Et tout comme le Venezuela, c’est un pays de pétrole. L’Iran détient environ 208,6 milliards de barils de pétrole, soit 12% des réserves . C’est le 3ème pays pétrolier au monde après le Venezuela, l’Arabie Saoudite). L’Iran est un membre ancien de l’OPEP et ses réserves jouent un rôle stratégique dans la politique énergétique du Moyen-Orient et mondiale. Tout comme le Venezuela, sa production n’est pas au maximum de son potentiel comparé à ce qu’elle pourrait être sans sanction. Donc l’Iran est un fruit mûr et juteux dans la stratégie de Trump et de ses amis des complexes pétroliers.

    Comme dans une course à la victoire en cette période de préparation aux mid-terms, Trump veut montrer sa force et gagner, à défaut de gagner sur le plan intérieur. Mais tout comme au Venezuela, Trump va devoir gérer l’après Maduro et potentiellement l’après Khamenei s’il veut faire un Venezuela bis.

    On l’a vu en Lybie, en Afghanistan, en Irak… l’après peut créer un chaos plus grand encore lorsqu’il n’est pas géré.

    La nuit sera longue en Iran.

    A suivre donc.

    Par ailleurs, pour approfondir ces thématiques, veuillez vous joindre à la conférence donnée dans le cadre du Salon du Livre « Journalistes Écrivains » :
    • Thème : « Iran, Résistance d’hier et d’aujourd’hui »
    • Date : Dimanche 1er mars, de 14h à 15h
    • Lieu : Salle Olympe de Gouges – Paris 11ᵉ

    avec Massoumeh Raouf dont le livre est ci dessous.

    Recommandation de lecture

  • Tony Blair: le retour des Britanniques en Palestine

    Long time no see… Voilà les Britanniques de retour en Palestine avec la nomination en quasi catimini de Tony Blair comme membre fondateur de son Conseil de la paix pour Gaza, aux côtés de Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, Marco Rubio, le secrétaire d’État américain et Steve Witkoff, l’émissaire américain au Moyen-Orient.

    Lorsque l’Empire Ottoman a été démantelé à la fin de la Première Guerre Mondiale, les Anglais se sont vus confier par la SDN le mandat sur la Palestine ( à l’époque Gaza, Israël ( hors plateau du Golan), Jordanie et Cis Jordanie).

    Alors qu’après la deuxième guerre mondiale, la situation est devenue intenable, particulièrement avec les velléités légitimes d’indépendances des pays comme la Jordanie ou Israël, les Britanniques ont proposé aux Nations Unies un plan de partage de la Palestine, qui a été voté mais non signé par la majorité des pays arabes. Beaucoup de pays qui auraient pu soutenir la Palestine à l’ONU étaient encore sous le joug de la colonisation. S’en est suivi une guerre civile, qui a conduit a de nombreux massacres.

    Aujourd’hui, alors que cette région a été fortement frappée par la douleur, la sauvagerie d’un côté comme de l’autre, Donald Trump a voulu restaurer une paix pour pouvoir faire de Gaza une cité balnéaire. Gaza est complètement en ruines et il faudra un effort immense pour reconstruire. Quelques invitations ont été envoyées: le président argentin Javier Milei a déclaré que ce serait un « honneur » d’y siéger, le dirigeant canadien Mark Carney devrait y être ( même si les relations risquent d’être tendues avec Trump du fait de son accord avec la Chine) , Abdel Fattah al-Sissi étudie la question , quant à Erdogan il n’a pas encore répondu. Rien que du beau monde.

    Pour les Arabes, Tony Blair est l’homme de la guerre en Irak et des mensonges liés à cette entrée en guerre. Des millions de manifestants avaient alors protesté dans les rues de Londres, l’accusant d’avoir menti sur la présence, jamais avérée, d’armes de destruction massive en Irak. C’est aussi l’homme aux amitiés voyantes comme Murdoch, Larry Ellison , patron d’Oracle et principal mécène de l’Institut Tony Blair, avec 257 millions de livres sterling versés depuis 2021. La fondation de l’ancien Premier ministre dépend donc financièrement du milliardaire, connu pour être aussi très pro-israélien et proche de Benjamin Netanyahou.

    Il est clair qu’il y a beaucoup d’argent à se faire sur les cendres de cette Palestine sacrifiée depuis tant d’années. Les travaux de reconstruction « s’appuieront essentiellement » sur le plan égyptien arabo-islamique, a affirmé le président du comité palestinien, Ali Shaath, ingénieur et ancien vice-ministre palestinien. Le diplomate bulgare Nickolay Mladenov sera Haut Représentant pour Gaza et le général américain Jasper Jeffers dirigera la Force internationale de stabilisation dans le territoire palestinien.

    A suivre donc.

  • Accords Canada-Chine : Une Réponse à Trump

    Il a osé! Mark Carney ne s’est pas laissé impressionné par Donald Trump et ses gesticulations et est allé directement en Chine signer des accords économiques et stratégiques. Il avait déjà résisté aux premières menaces de hausse de taxes douanières lancées par Donald Trump. En échange, Mark Carney avait menacé de bloquer l’approvisionnement en pétrole de tous les états du Nord est.

    Le Canada est le plus important marché d’exportation des États-Unis et constitue l’un des plus petits déficits commerciaux, en raison surtout de la demande américaine de produits liés à l’énergie. Les exportations américaines vers le Canada sont en grande partie des voitures et des composants automobiles. Ce secteur est très fortement intégré, c’est pourquoi la hausse des tarifs douaniers de Trump sur l’industrie a augmenté les couts des constructeurs américains.

    Outre l’énergie, le Canada est aussi un important fournisseur d’autres matières premières essentielles, dont les métaux et les minéraux critiques.  Notamment, les États-Unis sont un importateur net de 43 des minéraux qui figurent sur la liste des 50 minéraux critiques du gouvernement américain.
    Le Canada comble de 50 % à 80 % des besoins en zinc, en tellure, en nickel et en vanadium des USA.

    Aujourd’hui, Mark Carney frappe plus fort. Il est allé à la source de l’obsession de Donald Trump: la Chine. Il sort de son voyage en Chine en Janvier 2026 un accord commercial inédit entre le Canada et la Chine.

    Le Canada réduira le tarif sur les voitures électriques fabriquées en Chine à 6,1 % (contre 100 % auparavant) et autorisera l’importation d’environ 49 000 véhicules par an sous ce régime préférentiel. Le Canada semble vouloir sortir de l’étau de la dépendance avec les Etats-Unis en matière de voitures. Ottawa s’est fixé comme objectif d’augmenter de 50 % ses exportations vers la Chine d’ici 2030. 

    En échange la Chine baissera ses droits de douane sur les graines de canola à environ 15 % (contre ~85 % auparavant). Le Canada est le plus grand exportateur de Canola ( cf Colza) , devant la Chine, qui est aussi un marché gigantesque. D’autres produits agricoles — tourteau de canola ( pour l’alimentation des animaux) , homards, crabes, pois — bénéficieront d’un accès sans droits anti-discrimination (au moins jusqu’à fin 2026).

    Un autre pendant de ces accords Canada/Chine concerne l’engagement du Canada à améliorer la gouvernance mondiale en collaboration avec la Chine. Les deux pays sont ainsi convenus d’avoir des relations plus étroites sur des enjeux tels que la compétitivité climatique et la stabilité financière. Ils se sont aussi entendus sur un pendant de sécurité publique: les organismes canadiens et chinois chargés de l’application de la loi travailleront ainsi ensemble pour mieux lutter contre le trafic de stupéfiants, la criminalité transnationale, la cybercriminalité, les drogues synthétiques et le blanchiment d’argent damant le pion à Donald Trump lui-même.

    Face à la force brutale américaine dont le monde est témoin depuis Janvier, les Chinois ouvrent leurs frontières avec un gant de velours commercial, diplomatique et culturel. Cet élément est du jamais vu de mémoire occidentale. La folie de Trump va conduire à un nouvel ordre mondial en défaveur des Etats-Unis, si ces derniers continuent dans leur brutalité.

    Mark Carney sait ce qu’il veut. Il ne veut pas se retrouver dans la même situation que le Groenland ou le Venezuela. C’est certainement un joueur d’échec et il vient de bouger sa tour.

    A suivre donc.

  • Trump, le Groenland et le retour du destin manifeste

    En proposant avec insistance de racheter le Groenland, Donald Trump s’inscrit dans la grande tradition expansionniste américaine. Depuis les 13 colonies originelles, révoltées contre la Couronne britannique (guerre d’indépendance de 1776, reconnue par le traité de Paris de 1783), les États-Unis se sont construits par agrégations successives de territoires, souvent au détriment d’autres peuples.

    Cette dynamique repose sur la doctrine du destin manifeste : l’idée que l’expansion des États-Unis serait inévitable, juste et bénéfique, même lorsqu’elle implique la guerre, l’achat forcé de territoires ou la dépossession de populations autochtones. Elle se fonde sur une conviction de supériorité morale : les Américains seraient porteurs de liberté, de démocratie et de progrès, tandis que les autres peuples seraient perçus comme « arriérés » ou « illégitimes », justifiant expropriations, déportations et violences.

    Premier grand jalon : l’achat de la Louisiane à la France en 1803. Ce territoire immense, contrôlant tout le bassin du Mississippi, est vital pour les fermiers de l’Ouest qui dépendent du port de La Nouvelle-Orléans pour exporter. Napoléon Bonaparte, désireux de bâtir un empire colonial américain, se heurte cependant à l’échec de Saint-Domingue (révolte de Toussaint Louverture, ravages de la fièvre jaune) et a besoin de liquidités pour financer ses guerres européennes. Thomas Jefferson n’envisageait d’acheter que La Nouvelle Orléans. La France propose finalement l’ensemble de la Louisiane. Pour 15 millions de dollars, les États-Unis doublent leur superficie. Le Sénat ratifie l’accord en 1803 : l’Amérique devient une puissance continentale.

    Vient ensuite la Floride, intégrée par le traité Adams-Onís (1819). Région instable, refuge des Séminoles et d’esclaves en fuite (les « marrons », d’où le terme cimarrón), elle menace la sécurité de la Géorgie et contrôle l’accès au golfe du Mexique. Après une invasion américaine menée par Andrew Jackson et une résistance espagnole symbolique, Washington accepte de reprendre 5 millions de dollars de dettes espagnoles. La Floride devient officiellement américaine en 1821. Les Séminoles résistent lors de trois guerres, payant un lourd tribut : massacres, déportations vers l’Oklahoma ou repli dans les Everglades.

    Autre acquisition majeure : l’Alaska, acheté à la Russie en 1867 pour 7,2 millions de dollars. Affaiblie par la guerre de Crimée, incapable de défendre ce territoire face aux Britanniques, la Russie préfère vendre à un pays ami. Longtemps moquée comme la « folie de Seward », cette acquisition se révélera stratégique et extraordinairement riche en ressources.

    La guerre américano-mexicaine (1846–1848) permet enfin aux États-Unis d’annexer la Californie, le Nevada, l’Utah, le Nouveau-Mexique, l’Arizona et de consolider le Texas. Le dernier État intégré sera Hawaï, annexé en 1898 puis admis comme État en 1959.

    Donald Trump opère ainsi un retour explicite à une logique coloniale forgée à une époque où le droit international était embryonnaire et l’impérialisme largement admis. Cette logique a causé d’immenses dégâts aux peuples conquis, mais aussi aux puissances colonisatrices elles-mêmes : les États-Unis se sont heurtés à de sérieux échecs aux Philippines, à Cuba et à Porto Rico lorsqu’ils ont tenté d’imposer ce modèle.

    Trump va toutefois au-delà de la doctrine Monroe ou du “bon voisinage” rooseveltien. Son approche (« Donroe ») est avant tout économique (pétrole, terres rares, routes arctiques), l’argument démocratique ayant disparu. Plus grave encore, il menace indirectement un pays membre de l’OTAN, le Danemark, fragilisant l’Alliance atlantique elle-même.

    Dans un monde désormais structuré autour de plusieurs pôles impériaux – États-Unis, Chine, Russie, Europe –, la nécessité pour l’Europe de nouer rapidement des alliances hors de ces blocs devient cruciale.

    A suivre donc.