Human First

Human First est un espace d’idées, de réflexion et de dialogue. Dans un monde en pleine mutation – bouleversé par les crises climatiques, les révolutions technologiques et les tensions sociales – nous faisons le choix de revenir à l’essentiel : l’être humain.

Engagée depuis 1997 pour une politique de progrès, fondée sur l’écologie, la justice sociale et le rassemblement républicain.

Manager internationale expérimentée spécialisée en alliances stratégiques et projets globaux internationaux. Experte en innovation, transition numérique et écologie appliquée (Cloud, IA, Smart Cities, décarbonation).

Trump, le Groenland et le retour du destin manifeste

En proposant avec insistance de racheter le Groenland, Donald Trump s’inscrit dans la grande tradition expansionniste américaine. Depuis les 13 colonies originelles, révoltées contre la Couronne britannique (guerre d’indépendance de 1776, reconnue par le traité de Paris de 1783), les États-Unis se sont construits par agrégations successives de territoires, souvent au détriment d’autres peuples.

Cette dynamique repose sur la doctrine du destin manifeste : l’idée que l’expansion des États-Unis serait inévitable, juste et bénéfique, même lorsqu’elle implique la guerre, l’achat forcé de territoires ou la dépossession de populations autochtones. Elle se fonde sur une conviction de supériorité morale : les Américains seraient porteurs de liberté, de démocratie et de progrès, tandis que les autres peuples seraient perçus comme « arriérés » ou « illégitimes », justifiant expropriations, déportations et violences.

Premier grand jalon : l’achat de la Louisiane à la France en 1803. Ce territoire immense, contrôlant tout le bassin du Mississippi, est vital pour les fermiers de l’Ouest qui dépendent du port de La Nouvelle-Orléans pour exporter. Napoléon Bonaparte, désireux de bâtir un empire colonial américain, se heurte cependant à l’échec de Saint-Domingue (révolte de Toussaint Louverture, ravages de la fièvre jaune) et a besoin de liquidités pour financer ses guerres européennes. Thomas Jefferson n’envisageait d’acheter que La Nouvelle Orléans. La France propose finalement l’ensemble de la Louisiane. Pour 15 millions de dollars, les États-Unis doublent leur superficie. Le Sénat ratifie l’accord en 1803 : l’Amérique devient une puissance continentale.

Vient ensuite la Floride, intégrée par le traité Adams-Onís (1819). Région instable, refuge des Séminoles et d’esclaves en fuite (les « marrons », d’où le terme cimarrón), elle menace la sécurité de la Géorgie et contrôle l’accès au golfe du Mexique. Après une invasion américaine menée par Andrew Jackson et une résistance espagnole symbolique, Washington accepte de reprendre 5 millions de dollars de dettes espagnoles. La Floride devient officiellement américaine en 1821. Les Séminoles résistent lors de trois guerres, payant un lourd tribut : massacres, déportations vers l’Oklahoma ou repli dans les Everglades.

Autre acquisition majeure : l’Alaska, acheté à la Russie en 1867 pour 7,2 millions de dollars. Affaiblie par la guerre de Crimée, incapable de défendre ce territoire face aux Britanniques, la Russie préfère vendre à un pays ami. Longtemps moquée comme la « folie de Seward », cette acquisition se révélera stratégique et extraordinairement riche en ressources.

La guerre américano-mexicaine (1846–1848) permet enfin aux États-Unis d’annexer la Californie, le Nevada, l’Utah, le Nouveau-Mexique, l’Arizona et de consolider le Texas. Le dernier État intégré sera Hawaï, annexé en 1898 puis admis comme État en 1959.

Donald Trump opère ainsi un retour explicite à une logique coloniale forgée à une époque où le droit international était embryonnaire et l’impérialisme largement admis. Cette logique a causé d’immenses dégâts aux peuples conquis, mais aussi aux puissances colonisatrices elles-mêmes : les États-Unis se sont heurtés à de sérieux échecs aux Philippines, à Cuba et à Porto Rico lorsqu’ils ont tenté d’imposer ce modèle.

Trump va toutefois au-delà de la doctrine Monroe ou du “bon voisinage” rooseveltien. Son approche (« Donroe ») est avant tout économique (pétrole, terres rares, routes arctiques), l’argument démocratique ayant disparu. Plus grave encore, il menace indirectement un pays membre de l’OTAN, le Danemark, fragilisant l’Alliance atlantique elle-même.

Dans un monde désormais structuré autour de plusieurs pôles impériaux – États-Unis, Chine, Russie, Europe –, la nécessité pour l’Europe de nouer rapidement des alliances hors de ces blocs devient cruciale.

A suivre donc.

Posted in , , ,

Une réponse à « Trump, le Groenland et le retour du destin manifeste »

  1. Avatar de Accords Canada-Chine : Une Réponse à Trump

    […] Trump, le Groenland et le retour du destin manifeste […]

    J’aime

Répondre à Accords Canada-Chine : Une Réponse à Trump Annuler la réponse.