Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, est allé, à la demande de l’Algérie visiter ce pays magnifique avec lequel les relations sont si difficiles. Pays colonisé en 1830 puis devenu département Français en 1948, l’Algérie, près de 200 ans après a encore les stigmates d’un pays meurtri. C’est le seul pays du Maghreb à avoir vécu cet violation, les deux autres pays, Maroc et Tunisie, n’étaient que des protectorats. Depuis l’Indépendance en 1962, la tension est constante. Envoyer un Ministre de l’Intérieur, comme aux temps des colonies, peut être vu comme provocateur, mais c’est l’Algérie qui le demande, le dossier des OQTF étant crucial pour la France.
Après les agitations brutales de Bruno Retailleau, Jean-Noël Barrot, Ministre des Affaires Etrangères, Ségolène Royal, Présidente de l’Association France-Algérie et maintenant Laurent Nuñez s’évertuent à récupérer une situation délicate. Les points de tensions sont nombreux: désaccord sur le Sahara occidental, crises diplomatiques (expulsions de diplomates, affaires judiciaires), questions migratoires, lois algériennes qualifiant la colonisation française de « crime » et demandant des excuses de la France.
Depuis la reconnaissance par la France de la marocanité du Sahara Occidental, les sujets de tensions sont allés crescendo: rejet des OQTF par l’Algérie, emprisonnement de personnalité comme Boualem Sansal ( libéré) ou Christophe Gleize ( encore détenu), enlèvement en France de l’influenceur Amir DZ, attribué par Paris au régime algérien. Laurent Nuñez souhaite a minima parler de narcotrafic, lutte contre l’immigration clandestine et du retour des personnes sous OQTF, ainsi que de la question de l’assouplissement des visas, demandée par les Algériens.
C’est une politique des petits pas qui est à l’œuvre, mais le débat est immense. Des lois récentes qualifient la colonisation de « crime » et attribuent la responsabilité historique à la France. Derrière tout cela, la reconnaissance juridique des massacres, tortures, spoliations, déplacements forcés ou essais nucléaires et bien sûr leur corollaire financier: indemnisation des victimes et descendants, compensation pour ressources exploitées, réparation des dégâts environnementaux.
Une revendication fait déjà l’objet de négociations bilatérales est celle des archives coloniales, de la restitution d’objets historiques et culturels, ainsi que le retour des restes des résistants algériens. La visite du Président Macron en 2022 avait débouché sur la création d’une commission qui a déjà eu pour effet la remise de 2 millions de documents digitalisés, ainsi que des registres.
Une autre revendication sur laquelle insiste beaucoup le gouvernement algérien est celle des essais nucléaires en Algérie (1960), du nettoyage des sites contaminés, de la carte précise des déchets radioactifs, et de l’indemnisation des victimes. Les Algériens ont commencé le nettoyage de certains sites, mais il est clair que c’est une manœuvre extrêmement délicate et la tâche des équipes algériennes a été compliquée par l’absence de cartes et d’archives françaises relatives à cette opération, ce qui a rendu difficile l’identification des zones radioactives.
La France de son côté a sur les bras le dossier migratoire et sécuritaire, d’où la présence du Ministre de l’Intérieur. Elle souhaite que l’Algérie reprenne ses ressortissants sous OQTF ( ce qui serait une belle victoire pour les élections françaises a venir), ainsi qu’une meilleure coopération consulaire. Elle souhaite une coopération judiciaire, renseignement / police et une coordination antiterroriste (Sahel, réseaux djihadistes).
Bref il y a du travail. On dit que Christophe Gleize n’est pas au centre des discussions, même si ce dernier a été transféré de la prison de Tizi Ouzou vers une prison proche d’Alger pour faciliter les visites. Ce dernier devra se pourvoir en cassation et suivre la procédure habituelle, en espérant que la bonne volonté générale conduise à sa libération.
Un bon point est que Laurent Nuñez a été reçu par le Président Abdelmadjid Tebboune, ce qui n’était pas prévu au départ et constitue une volonté de réchauffement des relations diplomatiques.
A suivre donc.

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