Par Massoumeh Raouf
Alors que le régime de Téhéran poursuit une répression d’une violence extrême sous un blackout numérique quasi total, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a fissuré le mur du silence. Réuni en session extraordinaire à Genève, l’organe onusien a adopté une résolution historique ouvrant la voie à une enquête internationale urgente sur de possibles crimes contre l’humanité commis dans le cadre du soulèvement populaire en Iran.
Une résolution qui fait basculer le dossier iranien
Adoptée par 25 voix pour, 7 contre et 14 abstentions, la résolution marque un tournant majeur. Elle prolonge de deux ans le mandat de la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur l’Iran et renouvelle celui du Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme dans le pays.
Au-delà du vote, le message est clair : la communauté internationale ne se contente plus de condamnations politiques. Les mécanismes judiciaires internationaux sont désormais activés, avec pour objectif la collecte, la préservation et l’analyse de preuves en vue de poursuites futures.
Volker Türk : « La brutalité continue »
Dès l’ouverture de la 39ᵉ session extraordinaire, Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux Droits de l’Homme, a livré un constat sans équivoque. Derrière un langage dépouillé de toute prudence diplomatique, il a résumé la situation par une phrase glaçante :
« Les meurtres dans les rues iraniennes ont peut-être ralenti, mais la brutalité continue. »
Depuis l’intensification de la répression le 8 janvier 2026, les forces de sécurité iraniennes ont généralisé l’usage de balles réelles contre des manifestants majoritairement pacifiques. L’ONU parle désormais d’une attaque systématique contre une population civile désarmée, et non plus d’opérations de maintien de l’ordre.
Le blackout numérique, instrument de la répression
Le silence imposé à l’Iran n’est pas seulement politique, il est technologique. Coupures d’Internet, filtrage massif, surveillance numérique : le blackout est devenu un outil central de la répression, destiné à empêcher la documentation des crimes, à étouffer les témoignages et à isoler les victimes.
Pour le Conseil des droits de l’homme, cette obscurité informationnelle constitue un facteur aggravant, favorisant l’impunité et entravant toute vérification indépendante des faits.
La guerre des chiffres : un gouffre vertigineux
L’un des moments les plus tendus de la session a été la confrontation des bilans humains, révélant un écart abyssal entre les chiffres officiels et ceux issus de sources indépendantes.
Le représentant du régime iranien Ali Bahreini a reconnu 3 117 morts, tout en attribuant la majorité d’entre eux à de supposées « opérations terroristes ». Une ligne de défense immédiatement contestée par les experts.
En réponse, le juriste international Payam Akhavan a cité des données provenant de la communauté médicale iranienne faisant état de 16 500 morts et plus de 330 000 blessés.
La Rapporteuse spéciale Mai Sato a rappelé que les organisations de la société civile évoquent des dizaines de milliers de victimes, chiffres impossibles à confirmer tant que le pays reste plongé dans un blackout numérique imposé par l’État.
Une mission d’enquête aux pouvoirs élargis
Présidée par Sara Hossain, la Mission internationale indépendante voit son mandat considérablement renforcé. Sa mission est désormais explicitement judiciaire : identifier les chaînes de commandement, établir les responsabilités institutionnelles et déterminer si les violations documentées relèvent de la qualification de crimes contre l’humanité.
Il ne s’agit plus de constater ou de dénoncer, mais de préparer des dossiers susceptibles d’être utilisés devant des juridictions internationales.
Peine de mort, arrestations massives et intimidation
La résolution exige également la fin immédiate des pressions, menaces et représailles contre les survivants, les familles des victimes, les journalistes et les défenseurs des droits humains. Elle appelle à un moratoire sur la peine de mort, alors que des milliers de détenus risquent des procès expéditifs.
Selon les ONG, plus de 41 000 personnes auraient été arrêtées depuis le début des manifestations, beaucoup d’entre elles étant exposées à des accusations passibles de la peine capitale.
La fin du huis clos
Si la répression se poursuit, une chose a changé : elle ne se déroule plus dans l’ombre totale. Vidéos diffusées malgré la censure, témoignages médicaux transmis clandestinement, preuves numériques sauvegardées hors des frontières — autant d’éléments qui ont fini par forcer les portes de Genève.
Le régime iranien peut tenter de couper les réseaux, mais il ne peut plus rompre le lien désormais établi entre le destin du peuple iranien et la justice internationale.
La session extraordinaire du 26 janvier 2026 marque une rupture : celle d’un monde qui regarde enfin ce que l’on voulait cacher — et qui commence à demander des comptes.
A suivre donc.
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